
Epoque : fin XVIIIe – début XIXe siècle
Matière : Chêne sculpté avec reste de polychromie
Dimensions : H. 105 cm. ; L. 27 cm. ; P. 35 cm.
Socle en chêne : H; 12 cm; L. 21 cm ; P. 39 cm
Fixation par tenon/mortaise → système classique en charpente navale
Trous de fixation verticaux → passage de tire-fonds ou chevilles
Dos plat / évidé → appui contre l’étrave
Figure de proue monté sur l’étrave
- La partie arrière plate servait à être fixée contre la structure du navire
- Les trous visibles → passage de tiges ou chevilles en bois/métal
Etat : Très bon état de conservation. Usures d’usages et de légères restaurations
FIGURE DE PROUE en bois sculpté et restes de polychromie, figurant une sculpture féminine allégorique d’une Femme au buste dégagé, poitrine stylisée, drapé classique (inspiration antique) avec une coiffure travaillée, flanquée de colombes, avec son socle en bois sculpté.
Cette figure de proue en bois de chêne sculpté du 19ème siècle représente un buste de femme à « l’antique », les seins nus, symbolisant la protection et la fertilité.
Pourquoi deux colombes ? La colombe symbolise l’amour, l’humilité, la pureté et la paix, et représente souvent l’âme ou le Saint-Esprit dans l’iconographie chrétienne. Deux colombes sur une figure de proue évoquent donc ces valeurs, notamment l’amour et la paix. Souvent interprété comme un couple d’amoureux ou de saints, rappelant le mariage ou l’alliance entre deux parties. Le placement symétrique de chaque côté de la figure de proue pour souligner l’équilibre du navire entre les éléments (vent, mer).
Sur une figure de proue, elle pouvait aussi symboliser le souhait que le navire « porte » les âmes des marins en sécurité.
Ces sculptures étaient commandées par les propriétaires de navires et réalisées par des sculpteurs spécialisés.
Les seins généreux et turgescents sont découverts. Cette figure de proue a été sculptée dans du bois de chêne, de taille moyenne (pas monumentale) et, en raison de ses caractéristiques, elle appartient à un navire marchand, un brick de taille moyenne. La sculpture a été réalisée à la main à l’aide d’une gouge ronde. L’absence de bras est typique des figures de proue du début du XIXe siècle, où pour des raisons pratiques, les bras se détachant avec une certaine fréquence à cause des chocs de la mer, ou étant endommagés par les écoutes de foc lors des virements de bord, on préférait ne pas les mettre en évidence.
Cette pièce unique illustre la transition entre les figures mythologiques et les représentations plus humaines et esthétiques de l’époque.
Très probablement ateliers navals de la façade Atlantique des ports de Nantes, Bordeaux, ou La Rochelle, sculpteur de chantier naval privé de la côte atlantique française (vers 1780–1830), travaillant pour des navires marchands ou des armateurs locaux.
Navire : brick ou « brigantine », petit navire de guerre à voile, importance désignée par le nombre de bouches à feu, utilisés pour la course en mer, le convoyage et la traite négrière, avec des voiles carrées et une brigantine à l’arrière. Longueur : 20 à 35 mètres, 2 mâts gréés en voiles latines. Armement : typiquement 12 ou 18 canons, mais varie selon la taille. Usage : missions rapides, escorte de petits groupes, opérations de cabotage, parfois converti en brick‑aviso pour des tâches de renseignement ou de signalisation. Aussi bien taillé pour la course en mer (corsaire), que pour le convoyage, les bricks étaient parmi les navires les plus rapides du XVIIIe siècle, avec des vitesses de l’ordre de 11 à 15 nœuds que seuls quelques frégates ou les cotres pouvaient égaler. Leurs qualités nautiques notoires en matière de vitesse et de manœuvrabilité, en ont fait un type de navire très apprécié et fort utilisé comme navire négrier durant les années du commerce triangulaire. Ils ont été particulièrement populaires au XVIIIe siècle et au début du XIX e siècle. Les bricks ont été supplantés par les grands clippers au cours du XIXe siècle (de plus grande capacité), puis par l’arrivée des navires à vapeur qui nécessitaient un équipage moindre pour une capacité de chargement plus forte et une navigation possible sous toutes orientations des vents.
Provenance :
Cette figure de proue aurait appartenue au Brick Aurore (date de construction à Nantes inconnue), qui fut capturé par les Anglais en 1801.
Acquise en Grande-Bretagne par la famille de l’Amiral Louis Charles du Chaffaut (1708-1790)
Ancienne collection de la famille de l’Amiral Louis Charles du Chaffaut.
Notes historiques :
La figure de proue sert à identifier le navire, à lui donner une identité visuelle et à lui conférer une protection mythique.
Au fil des siècles, les représentations ont évolué : des bêtes féroces aux images féminines gracieuses, en passant par des figures humaines ou animales, toutes portant un message de protection ou de chance pour l’équipage.
Une figure de proue est une décoration en bois, souvent une figure féminine ou animale, que l’on trouvait sur la proue des navires du XVIe au XIXe siècle. Cette pratique a été introduite pour la première fois sur les galions, mais même les navires plus anciens comportaient souvent des décorations à la proue. Comme beaucoup de décorations austères de l’époque, la figure de proue était destinée à indiquer le nom du navire qui l’abritait aux personnes qui ne savaient pas lire (même si c’était parfois de manière alambiquée), de plus elles étaient destinées à montrer la richesse et la force du propriétaire. À l’époque baroque, certains navires arboraient de gigantesques figures de proue pesant plusieurs tonnes et en portant parfois deux, une de chaque côté du mât de misaine. Les grandes figures de proue, sculptées dans du bois massif et placées sur la pointe de la coque, affectaient négativement les capacités de navigation des navires. Cette situation, ainsi que les coûts de construction élevés, ont conduit au XVIIIe siècle à fabriquer des figures de proue beaucoup plus petites, voire à les supprimer au siècle suivant. Après les guerres napoléoniennes, on a recommencé à produire des figures de proue, mais elles ne représentaient que de petits bustes et non pas les grandes figures utilisées dans le passé. Les clippers des années 1850 et 1860 étaient généralement dotés de figures de proue de grande longueur, mais celles-ci étaient relativement petites et légères. La figure de proue en tant que telle est morte avec la fin de l’utilisation de la propulsion à voile à grande échelle. Les premiers bateaux à vapeur avaient des structures ressemblant à des figures de proue sur leur étrave. Cette pratique a perduré jusqu’à la Première Guerre mondiale. Aux XVIIIe et XIXe siècles les ornements et les figures de proue se firent plus modestes, mais persistèrent tant que dura la construction navale en bois, c’est-à-dire jusqu’à l’époque des clippers.
Les figures de proue, tout comme le reste du bateau, étaient peintes dans des teintes vives afin d’être visibles à distance. Toutefois, la peinture originale des pièces conservées à ce jour demeure rarement intacte. Grâce à leur valeur esthétique et symbolique, les figures de proue étaient souvent retirées des bateaux en fin de vie, ce qui explique pourquoi elles peuplent désormais les musées ou collections privées. Soulignons toutefois qu’il n’est pas toujours aisé de les associer à un bateau.
A lire : Mythologie et symbolisme des figures de proue navales
Superbement illustré, le livre de Claudio Magris, qui oscille entre tableau historique ou rêverie poétique, nous initie à cette partie mystérieuse de la statuaire que représente la figure de proue. Il évoque les textes littéraires qui s’y rapportent, les croyances et les superstitions qui s’attachent à elle, souvent liées à la crainte du démoniaque, en particulier au Massachusetts à l’époque puritaine, au moment du procès des sorcières de Salem.
