
Epoque : 19 ème
Matière : Chêne sculpté avec reste de polychromie
Dimensions : H. 105 cm. ; L. 40 cm. ; P. 40 cm.
Etat : Très bon état de conservation
FIGURE DE PROUE en bois sculpté et restes de polychromie, figurant une femme seins nus flanquée de colombes, avec son socle en bois sculpté. XIXe siècle.
Très probablement ateliers navals de Lorient ou Cherbourg. Usures et restaurations
Cette figure de proue en bois de chêne sculpté du 19ème siècle représente un buste de femme à l’antique, les seins nus, symbolisant la protection et la fertilité.
Pourquoi deux colombes ? La colombe symbolise l’amour, l’humilité, la pureté et la paix, et représente souvent l’âme ou le Saint-Esprit dans l’iconographie chrétienne. Deux colombes sur une figure de proue évoquent donc ces valeurs, notamment l’amour et la paix. Souvent interprété comme un couple d’amoureux ou de saints, rappelant le mariage ou l’alliance entre deux parties. Le placement symétrique de chaque côté de la figure de proue pour souligner l’équilibre du navire entre les éléments (vent, mer).
Sur une figure de proue, elle pouvait aussi symboliser le souhait que le navire « porte » les âmes des marins en sécurité.
Ces sculptures étaient commandées par les propriétaires de navires et réalisées par des sculpteurs spécialisés.
Les seins généreux et turgescents sont découverts. Cette figure de proue a été sculptée dans du bois de chêne et, en raison de ses caractéristiques, il appartient certainement à un navire marchand, très certainement un brick de taille moyenne. La sculpture a été réalisée à la main à l’aide d’une gouge ronde. L’absence de bras est typique des figures de proue de la seconde moitié du XIXe siècle, où pour des raisons pratiques, les bras se détachant avec une certaine fréquence à cause des chocs de la mer, ou étant endommagés par les écoutes de foc lors des virements de bord, on préférait ne pas les mettre en évidence.
Il s’agit d’une sculpture raffinée qui représente très certainement la femme ou l’amant du propriétaire, qui a commandé la figure de proue à un bon sculpteur de l’époque des ateliers de Lorient ou Cherbourg.
Cette pièce illustre la transition entre les figures mythologiques et les représentations plus humaines et esthétiques de l’époque.
Provenance :
Ancienne collection de la famille de l’Amiral Louis Charles du Chaffaut (1708-1790)
Notes historiques :
La figure de proue sert à identifier le navire, à lui donner une identité visuelle et à lui conférer une protection mythique.
Au fil des siècles, les représentations ont évolué : des bêtes féroces aux images féminines gracieuses, en passant par des figures humaines ou animales, toutes portant un message de protection ou de chance pour l’équipage.
Une figure de proue est une décoration en bois, souvent une figure féminine ou animale, que l’on trouvait sur la proue des navires du XVIe au XIXe siècle. Cette pratique a été introduite pour la première fois sur les galions, mais même les navires plus anciens comportaient souvent des décorations à la proue. Comme beaucoup de décorations austères de l’époque, la figure de proue était destinée à indiquer le nom du navire qui l’abritait aux personnes qui ne savaient pas lire (même si c’était parfois de manière alambiquée), de plus elles étaient destinées à montrer la richesse et la force du propriétaire. À l’époque baroque, certains navires arboraient de gigantesques figures de proue pesant plusieurs tonnes et en portant parfois deux, une de chaque côté du mât de misaine. Les grandes figures de proue, sculptées dans du bois massif et placées sur la pointe de la coque, affectaient négativement les capacités de navigation des navires. Cette situation, ainsi que les coûts de construction élevés, ont conduit au XVIIIe siècle à fabriquer des figures de proue beaucoup plus petites, voire à les supprimer au siècle suivant. Après les guerres napoléoniennes, on a recommencé à produire des figures de proue, mais elles ne représentaient que de petits bustes et non pas les grandes figures utilisées dans le passé. Les clippers des années 1850 et 1860 étaient généralement dotés de figures de proue de grande longueur, mais celles-ci étaient relativement petites et légères. La figure de proue en tant que telle est morte avec la fin de l’utilisation de la propulsion à voile à grande échelle. Les premiers bateaux à vapeur avaient des structures ressemblant à des figures de proue sur leur étrave. Cette pratique a perduré jusqu’à la Première Guerre mondiale. Aux XVIIIe et XIXe siècles les ornements et les figures de proue se firent plus modestes, mais persistèrent tant que dura la construction navale en bois, c’est-à-dire jusqu’à l’époque des clippers.
Les figures de proue, tout comme le reste du bateau, étaient peintes dans des teintes vives afin d’être visibles à distance. Toutefois, la peinture originale des pièces conservées à ce jour demeure rarement intacte. Grâce à leur valeur esthétique et symbolique, les figures de proue étaient souvent retirées des bateaux en fin de vie, ce qui explique pourquoi elles peuplent désormais les musées ou collections privées. Soulignons toutefois qu’il n’est pas toujours aisé de les associer à un bateau.
A lire : Mythologie et symbolisme des figures de proue navales
Superbement illustré, le livre de Claudio Magris, qui oscille entre tableau historique ou rêverie poétique, nous initie à cette partie mystérieuse de la statuaire que représente la figure de proue. Il évoque les textes littéraires qui s’y rapportent, les croyances et les superstitions qui s’attachent à elle, souvent liées à la crainte du démoniaque, en particulier au Massachusetts à l’époque puritaine, au moment du procès des sorcières de Salem.
